Entretien avec Muriel Chagny et Bruno Deffains

 
Pourquoi un ouvrage à quatre mains entre un professeur de droit et un professeur d’économie ?

L’économie et le droit sont encore trop souvent cloisonnés dans notre pays alors que c’est souvent au point de convergence entre le droit et l’économie que se font les innovations de la pensée. Il faut marier les recherches dans les deux disciplines. Cela est particulièrement vrai en matière de réparation des dommages anticoncurrentiels qui nécessite une approche plurielle.

Le private enforcement est-il indispensable à l’efficacité du droit de la concurrence ?

C’est la thèse que nous défendons. L’efficacité du droit de la concurrence dépend beaucoup du private enforcement, c’est-à-dire de la mise en œuvre du droit de la concurrence par les parties privées sous forme d’actions en dommages-intérêts. Le public enforcement est naturellement indispensable mais n’est pas suffisant. Les entreprises disposent souvent d’informations plus ciblées sur les infractions au droit de la concurrence. Elles ont aussi des incitations très fortes à le mettre en œuvre que n’ont pas forcément les autorités administratives. Il est donc très efficient que les entreprises puissent agir en tant que procureurs privés du droit de la concurrence afin de rendre sa mise en œuvre plus effective et d’en augmenter la probabilité et donc le risque pour les contrevenants.

Votre livre associe-t-il une vision de lege lata et de lege feranda ?

Effectivement, nous avons souhaité combiner les deux approches. Dans une première partie, nous décrivons thème par thème toutes les difficultés des victimes de pratiques anticoncurrentielles à se faire indemniser et tous les obstacles qu’elles peuvent rencontrer sur leur route. Dans une deuxième partie, nous proposons des voies d’amélioration en allant au-delà de la directive qui vient d’être transposée en droit français dans la mesure où celle-ci demeure incomplète et non totalement satisfaisante.